DÉFINITIONS :
Les syndromes névrotiques ou névroses sont des affections mentales caractérisées par :
-Des troubles relativement superficiels, changeants, réversibles
-L’absence de perturbation physiologique
-La reconnaissance de l’aspect pathologique de ses troubles par le sujet
-La persistance de la conscience de la réalité
-La persistance de l’adaptation sociale
-La sensibilité aux traitements non médicamenteux comme les psychothérapies.
« Les névroses sont des maladies de la personnalité caractérisées par des conflits
intrapsychiques qui inhibent les conduites sociales ». Pierre Janet.
HISTORIQUE
1769, le médecin écossais William Cullen dénomme « névrose » l’ensemble des maladies
nerveuses en l’absence de fièvre ou de lésion.
Pinel y voit des maladies à causes morales (1797) et Jean-Martin Charcot échoue dans
ses tentatives de trouver un support organique à l’Hystérie. Janet admet l’origine
psychogène des névroses et distingue l’hystérie et la psychasthénie.
Conception psychanalytique des névroses : Freud, emploie le premier les termes de
« névrose de contrainte » (névrose obsessionnelle) en 1894 et de névrose d’angoisse en
1895. Influencé par Charcot, Liebault et Bernheim, il emploie l’hypnose, dans un 1er
temps avec Breuer pour étudier les symptômes hystériques d’Anna O. et construit une
première théorie psychodynamique des névroses. De 1895 à 1915, Freud fait l’hypothèse
de lieux psychiques distincts où siègent trois « instances », selon sa première topique :
le Conscient, le Préconscient et l’Inconscient. Des censures filtrent le passage des
représentations d’une instance à l’autre. Mais en 1920, une deuxième topique va lui
apparaître plus juste. Elle distingue trois nouvelles instances :
-Le Ca qui forme le pôle pulsionnel
-Le Moi qui représente l’ensemble des intérêts de la personne
-Le Surmoi qui correspond à l’intériorisation des règles et interdits parentaux.
Le Moi est protégé de l’angoisse par des mécanismes de défense inconscients, en
particulier, dans les névroses, le refoulement, l’annulation, le déplacement.
Principaux mécanismes de défense névrotiques du Moi
-Le refoulement : consiste à rejeter et maintenir dans l’inconscient des représentations
(pensées, images, souvenirs) liés à une pulsion (sexuelle le + souvent)
-La régression : retour des modes d’expression et de comportements à un niveau ancien
de satisfaction
-L’annulation (rétroactive) : pensée ou comportement ayant une signification opposée à
ceux qui ont déjà eu lieu, comme s’ils n’étaient jamais advenus
-Le déplacement : transfert d’une représentation sur une autre plus neutre
-La formation réactionnelle : conduite manifeste inverse des affects latents-
L’identification : assimiler un aspect, un attribut ou une propriété d’un autre et se
transformer selon son mode
-L’introjection : dérivée de l’identification, mais plus proche de l’incorporation
-L’isolation : détacher une image, idée ou affect de son contexte temporel ou
émotionnel
-La projection (principalement employé dans les psychoses) : expulser de soi et localiser
dans autrui, des sentiments, qualité ou défauts que l’on refuse comme étant siens.
D’autres mécanismes sont plus couramment employés dans les psychoses comme le
clivage et le déni de la réalité.
Pour Freud, l’inconscient est dynamique. Il permet de refouler certains contenus de
pensée hors de la conscience, grâce au refoulement. Les pulsions sexuelles ainsi
refoulées peuvent engendrer un conflit à cause de l’impossibilité de les écouler. Les
symptômes névrotiques apparaissent comme un substitut à la satisfaction du sujet et
souvent comme un compromis entre exigence pulsionnelle et censure. Les symptômes
entraînent un bénéfice primaire immédiat (abaissement de la tension interne) auxquels
s’ajoutent les bénéfices secondaires de la maladie (régression, maternage).
ETIOPATHOGÉNIE DES ÉTATS NÉVROTIQUES
Origine multifactorielle.
CLASSIFICATIONS COMPARÉES
CIM-10 : le concept de névrose n’est plus retenu. « Trouble névrotique » perdure encore
DSM-IV : Idem.
Les états névrotiques recouvrent, dans la psychiatrie française classique :
-La névrose d’angoisse
-La névrose phobique
-La névrose hystérique
-La névrose obsessionnelle
-Les états anxieux névrotiques
-La dépression névrotique réactionnelle
LA NÉVROSE D’ANGOISSE
Freud l’individualise en premier (Angstneurose), elle comprend un fond de
susceptibilité générale aux stimuli, une attente anxieuse et la survenue d’attaques
d’angoisse aiguë et de symptômes phobiques.
Le DSM-IV et la CIM-10 maintiennent cette distinction entre trouble panique et
trouble anxieux généralisé.
ÉPIDÉMIOLOGIE
Prévalence sur toute la vie entre 1,5 et 3,5%
ÉTIO-PATHOGÉNIE
Hypersensibilité à la caféine, prédominance féminine, adolescence ou plus de 60 ans.
Nbreux événements de vie, facteurs somatiques (HTA, ulcères), atcd. Familiaux.
DIAGNOSTIC
LA CRISE D’ANGOISSE AIGUË
Encore appelée « attaque de panique », elle débute rapidement avec ou sans facteurs
extérieurs :
-Éléments somatiques :
Cardiovasculaires : palpitations, précordialgies
Respiratoires : dyspnée, étouffement
Digestifs : « boule », nausées, vomissements, diarrhées, spasmes douloureux
Neuromusculaires : tremblements, vertiges, acouphènes, algies diverses, trbles
vasomoteurs
Urinaires : pollakiurie.
-Éléments psychiques :
-Désarroi et péjoration de l’existence
-Attente d’un danger imaginaire
-Peur de mourir, de devenir fou, sentiment de dépersonnalisation pouvant conduire au
raptus suicidaire.
-Éléments comportementaux :
-Immobilisme, avec « fascination » de la situation, privation du contrôle et de l’analyse
-Agitation incessante pouvant déboucher sur le raptus suicidaire.
L’ANXIÉTÉ GÉNÉRALISÉE
Fond permanent anxieux, de prévalence 1,5 à 4% de la pop. Les troubles psychiques sont
amoindris par rapport à la crise aiguë, mais la vision péjorative de l’existence, l’attente
d’un danger et la crainte de faiblesse sont présents. Les troubles somatiques sont
également atténués, s’y ajoutent :
-Une asthénie importante
-Des troubles du sommeil (cauchemars)
-Des troubles de la sexualité
-Une hypertonie musculaire avec tremblement distal
-Moiteur, troubles vasomoteurs, tachycardie
-Respiration rapide et superficielle
-Terrain anxieux : dès l’enfance, le sujet est anxieux, timide, replié sur lui-même.
Toutes les frustrations de l’existence sont vécues comme redoutables et responsables
de décompensations aiguës.
DIAGNOSTIC DIFFÉRENTIEL
-Pathologie organique aiguë : infarctus, asthme
-Pathologie générale chronique : hyperthyroïdie, hypoglycémie, intoxication à la caféine,
aux amphétamines, syndrome de sevrage.
-États de stress post-traumatiques : mais reviviscence d’événements traumatiques
-Syndrome dépressif
-Hypocondrie non délirante : préoccupation perpétuelle sur la santé malgré réassurance
-Psychoses comme la mélancolie anxieuse, mais alors, douleur morale, discours monotone.
SCZ : oui, mais syndrome dissociatif.
ÉVOLUTION
Durée de quelques minutes à plusieurs heures qui entraînent parfois l’hospitalisation. Le
pronostic dépend de la « force du Moi », d’une amélioration de la réalité, d’une
psychothérapie.
COMPLICATIONS :
Raptus anxieux. Abus d’alcool et de psychotropes pour se rassurer. Décompensation
dépressive.
TRAITEMENT
Pour les formes d’anxiété aiguë :
Benzodiazépines anxiolytiques par voie orale ou musculaire. Diazépam (Valium),
clorazépate (Tranxène) ou bromazépam (Lexomil) + réassurance et dédramatisation.
Pour le traitement de fond :
-Objectif : réduire l’angoisse entre les crises : → mesures hygiéno-diététiques
→ Prise en charge psychothérapique
→ Prescription d’un psychotrope sur une période limitée. L’arrêt du traitement
s’effectuera par paliers dégressifs en 2 à 3 semaines.
LA NÉVROSE HYSTÉRIQUE
HISTORIQUE
Connue depuis l’Antiquité, elle est décrite il y a 4000 ans comme liée à la migration de la
« matrice » (hustera) vers le haut du corps. Hippocrate (450BC) considère qu’elle est
liée à l’absence de rapports sexuels (suffocation de la matrice). À partir du XVIIème
siècle, l’hypothèse d’une localisation cérébrale n’empêche pas les malheureuses
hystériques d’être considérées comme des sorcières. J-M. Charcot démontrera, grâce à
l’hypnose, l’absence d’origine lésionnelle de l’hystérie, mais son élève Babinski dénomme
l’hystérie « pithiatisme » (du grec peithos , persuasion et iatos, guérissable) et la
renvoie à des phénomènes reproductibles par autosuggestion. Il attribue alors cette
affection à une pure simulation. Freud et Breuer (Études sur l’hystérie, 1895)
considèrent que les symptômes sont issus de l’inconscient, ICS, alors que pour la
psychiatrie classique, « l’hystérie est une névrose caractérisée par l’hyper-expressivité
somatique des idées, des images et des affects inconscients. Ses symptômes sont les
manifestations psychomotrices, sensorielles ou végétatives de cette conversion
somatique » (Henri EY qui ne conçoit pas l’ICS comme Freud).
L’hystérie est donc une névrose, organisation durable, caractérisée par la perturbation
de l’économie pulsionnelle, sans altération profonde de la référence au principe de
réalité mais liée à des conflits psychologiques. En résultent une limitation fonctionnelle
de la personnalité, des symptômes typiques (conversion somatique) et une personnalité
particulière à base de plasticité.
ÉTIOPATHOGÉNIE
Si l’étiologie reste inconnue, des facteurs prédisposants sont nets :
-Personnalité histrionique et dépendante
-« stress » psychosocial (deuil, guerre),
-atcdt. de maladie physique pouvant servir de modèle aux symptômes de conversion,
-mise en contact de malades avec les porteurs d’une authentique maladie.
Dans sa première topique, Freud attribue les symptômes hystériques à un traumatisme
de nature sexuelle (séduction, abus). Puis il abandonne ces idées (sa « neurotica ») et
crée les concepts de fantasme et de libido. Il introduit également la notion de
conversion : « saut du psychique dans l’innervation somatique », donnant l’hystérie de
conversion. La conversion est « une transposition d’un conflit psychique et la résolution
de celui-ci dans des symptômes somatiques (paralysie), sensitifs ou anesthésiques ».
Leur signification symbolique montre que le corps exprime des représentations
refoulées.
DIAGNOSTIC
La névrose hystérique s’installe à l’adolescence ou au début de l’âge adulte. Bien plus
fréquente chez la femme que chez l’homme, elle a aujourd’hui considérablement varié.
1) Les symptômes de conversion
-Les paralysies (fonctionnelles ou + localisées)
-Les troubles de la sensibilité (anesthésies ou douleurs spontanées comme la céphalée)
-Les contractures et les crampes
-Les troubles sensoriels (diplopie, rétrécissement du champ visuel, cécité)
-La grande crise d’hystérie « à la Charcot »
Exceptionnelle aujourd’hui, elle se déroule en plusieurs étapes : prodromes, période
épileptoïde, de contorsions clownesques, d’attitudes passionnelles et théâtrales, période
terminale.
Aujourd’hui, les manifestations paroxystiques prennent la forme de crises syncopales,
lipothymies, tétanie, spasmophilie, crises pseudo-épileptiques, somnambulisme, fugues.
-Modifications de la conscience de type « états seconds ou crépusculaires ».
-Attaques cataleptiques
-Tentatives de suicide (manifestation paroxystique essentielle)
-Troubles de la mémoire : illusions, amnésies
-Troubles de la sexualité : attitudes de séduction inconscientes, mais frustration et
frigidité
-Tendances dépressives.
La personnalité hystérique :
-Le théâtralisme ou dramatisation : expression exagérée des sentiments, déplacement
de la valeur du réel, excès du sens libidinal des choses. L’hystérique ne supporte pas que
les choses ne soient que ce qu’elles sont et rien que cela.
-La mythomanie : falsification perpétuelle des rapports avec autrui, modification
permanente de la réalité, difficulté à faire la part du réel et de l’imaginaire. Mensonges
et comédies.
-La falsification de l’existence : l’hystérique s’accorde dans l’imaginaire ce qu’elle ne
peut acquérir dans la réalité.
-La suggestibilité ou plasticité : l’hystérique est influençable, inconsistant, oscillant,
versatile car son Moi n’est pas authentique et cherche toujours à se placer dans le désir
de l’autre.
-L’inconsistance du Moi : l’idéal du Moi est exagéré chez l’hystérique alors qu’il doute
toujours de lui-même. Il recherche toujours une réassurance chez autrui.
-Egocentrisme mais « belle indifférence » par rapport aux symptômes (absence
d’anxiété).
DANS LES AUTRES CLASSIFICATIONS
Le DSM-IV et la CIM-10 ont fait éclater le concept de névrose hystérique et les
répartissent entre troubles somatoformes et troubles dissociatifs.
1)Troubles somatoformes :
*trouble somatisation : ensemble de plaintes somatiques multiples et récurrentes
(douleurs gastro-intestinales, sexuelles ou génitales), mais sans cause organique ou
nettement disproportionnés si substrat objectif.
*trouble de conversion : déficits de la motricité volontaire ou fonctions sensitives
suggérant une pathologie neurologique ou générale.
*trouble douloureux largement psychogène.
2)Troubles dissociatifs
*amnésie dissociative, fugue dissociative et troubles de l’identité + état de transe.
Le DSM-IV ne reconnaît pas la personnalité hystérique mais observe que les
personnalités histrioniques ou dépendantes sont souvent associées aux grandes
catégories psychopathologiques.
DIAGNOSTIC DIFFÉRENTIEL
1) Simulation ou sursimulation : se fait sous le contrôle de la volonté pour
échapper à une obligation. La sursimulation consiste à majorer des troubles.
2) Pathologie organique : risque de confusion avec une pathologie neurologique,
métabolique ou psychosomatique.
3) Autre névrose : la névrose d’angoisse est moins labile et relationnelle. La
névrose phobique est plus du registre de la fuite. La névrose obsessionnelle
est plus structurée + idées obsédantes + rituels.
4) Hypocondrie non délirante : ici, « la préoccupation perpétuelle de la santé
entraîne la recherche continuelle de douleurs et sensations anormales »
(Henri EY), mais les symptômes n’ont aucune valeur symbolique et la peur de la
maladie persiste malgré l’attitude rassurante des médecins.
5) Syndrome dépressif : le plus délicat à distinguer car, fréquemment, une
dépression reste masquée derrière des troubles hystériques.
6) Psychoses : Solitude du SCZ, discours flou et hermétique.
ÉVOLUTION
Sur un mode chronique, avec l’âge, l’hystérie se stabilise avec parfois mise en
invalidité.
PRONOSTIC
Dépend de l’importance des troubles conversifs, des facteurs de stress, des
relations familiales.
TRAITEMENT
Indication type de psychothérapie de soutien et d’inspiration psychanalytique pour
les hystériques relativement stables.
Chimiothérapies : anxiolytiques mais attention aux TS et toxicomanies. Les effets
secondaires des psychotropes sont souvent démesurés chez l’hystérique.
L’hystérique est très sensible à la suggestion et l’hypnose peut être une indication
en présence de symptômes de conversion.
LA NÉVROSE PHOBIQUE
La névrose phobique est une affection névrotique caractérisée par :
-un mécanisme de défense spécifique contre l’angoisse : le déplacement centrifuge
-la projection de l’angoisse sur un objet ou une situation permet de l’isoler, puis de
l’éviter.
La phobie (phobos en grec : crainte) est une crainte angoissante déclenchée par un
objet ou une situation, objectivement non dangereux. L’angoisse disparaît en
l’absence de l’objet ou de la situation et le malade reconnaît de caractère absurde,
bien qu’incoercible, de sa peur. Dans les formes graves, surgit un véritable état de
panique avec dépersonnalisation. Les symptômes phobiques sont également retrouvés
dans d’autres névroses et psychoses (névrose obsessionnelle et schizophrénie).
Si les phobies, comme l’agoraphobie, la claustrophobie et l’éreutophobie, sont
décrites depuis le XIXème siècle, Freud distingue les troubles phobiques de la
névrose d’angoisse et de la névrose obsessionnelle.
Le DSM-IV (1994) classe les phobies parmi les troubles anxieux et les divise en trois
types :
-L’agoraphobie
-Les phobies sociales
-Les phobies spécifiques
La CIM-10 adopte ces dispositions.
Pour Freud, la situation phobogène a une signification inconsciente symbolique. Les
conflits intrapsychiques trouvent alors un compromis dans la projection de l’angoisse
sur un objet extérieur. Le stimulus phobogène est précis, localisable dans l’espace.
Les moyens de défense ne requièrent pas d’élaboration psychique trop complexe : il
suffit d’éviter.
DIAGNOSTIC
Classiquement la névrose phobique repose sur trois critères :
-Présence de phobie (s)
-Conduites contra-phobiques
-Personnalité phobique
1) Les phobies
Elles sont plus fréquentes chez les femmes.
A- L’agoraphobie
C’est la plus fréquente chez l’adulte et celle qui peut être la plus invalidante. Bcp +
fréquente chez la femme (2/3), elle débute entre 15 et 35 ans. Dans 30% des cas, on
retrouve un facteur traumatique à leur origine.
L’agoraphobie produit une anxiété insupportable dans le fait de rester dans un endroit
d’où il serait difficile de s’échapper ou de trouver du secours en cas d’attaque de
panique. Être seul hors de son domicile, dans une foule ou une file d’attente, sur un pont
ou dans un bus, provoque les mêmes effets.
La claustrophobie, ou phobie des espaces clos, est donc l’autre versant de l’agoraphobie.
La peur de se trouver dans un magasin, un restaurant, un cinéma, un avion ou un
ascenseur constitue aussi une anxiété anticipatoire de voir survenir des troubles. Puis,
l’angoisse s’étend par conditionnement et généralisation. Toutes ces situations vont être
restreintes puis évitées, au maximum, la personne ne sort plus de chez elle.
B- Les phobies sociales
État d’anxiété provoqué par l’exposition à des situations sociales ou de performances,
conduisant à l’évitement. Ces troubles sont aussi fréquents chez les hommes et les
femmes. Elles apparaissent de façon insidieuses à l’adolescence. Les phobies sociales les
plus fréquentes sont :
-La peur de parler en public ou de parler à des inconnus
-La peur de manger ou de boire en public
-La crainte d’écrire devant les autres
-L’éreutophobie ou peur de rougir en public (banale à l’ado, elle peut devenir invalidante).
C- Les phobies spécifiques (phobies simples)
Plus fréquentes chez les femmes, il s’agit de
-La peur d’animaux (petits comme les souris et les araignées, gros comme les serpents,
les chiens, les chevaux)
-La peur d’investigations médicales (sang)
-La persistance de phobies infantiles (noir, orages)
On trouve les phobies dans d’autres pathologies :
-Pseudo-phobies ; Il s’agit de l’évitement d’une situation qui a été réellement
traumatisante.
-Phobies dans les névroses d’angoisse, là les phobies ne sont pas systématisées.
-Phobies dans la névrose hystérique : on retrouve plus théâtralisme et séduction
qu’inhibition et fuite.
-Phobies dans la névrose obsessionnelle : il s’agit plus de la peur de penser à l’objet
phobogène. Des rituels évitent la pensée plutôt que des conduites. Le contact est plutôt
froid et distant. L’angoisse est absente, remplacée par la lutte intérieure. On rangera
plus dans la névrose obsessionnelle :
La nosophobie (crainte de certaines maladies), la dysmorphophobie (crainte d’avoir une
partie du corps disgracieuse) et les phobies d’impulsion : crainte d’auto ou d’hétéroagressivité
(peur de se défenestrer ou de blesser son enfant). Notons que, dans les
psychoses, on peut trouver une pantophobie dans la mélancolie (peur de tout), une
dysmorphophobie et une éreutophobie au début d’une SCZ.
2) Les conduites contra-phobiques
A- Les conduites d’évitement
Éviter l’objet ou la situation phobogène.
B- Les conduites de réassurance
Un proche, un animal ou un objet sont dotés d’un pouvoir quasi magique de protection
contre l’angoisse. Plus elles sont symboliques et plus ces conduites rapprochent le sujet
de la névrose obsessionnelle.
3) La personnalité phobique
Le phobique est un anxieux, hypersensible aux frustrations, il est toujours en attente
de souffrir. On retrouve chez lui, certains traits de l’hystérique :
-Immaturité du Moi
-Suggestibilité
-Avidité affective
-Tendances dépressives
-Inhibitions diverses, sexuelles en particulier
-État constant d’alerte
-Attitudes passives : timidité, indécision, peur de l’engagement (amoureux, social)
-Fuite en avant : sur-occupation, affrontement des réalités, défis.
ÉVOLUTION DE LA NÉVROSE PHOBIQUE
Au départ, le sujet cache ses symptômes, grâce à mille stratagèmes. L’angoisse peut
se stabiliser et disparaître en fonction des traitements.
PRONOSTIC
Plus le patient est jeune et meilleur est le pronostic.
COMPLICATIONS
-Aggravation vers l’invalidité
-Syndrome dépressif
-Passage à la névrose obsessionnelle
-Alcoolisation ou polymédication
TRAITEMENT
-Psychothérapie classique (PSA dans les formes sévères, voir « Le petit Hans »)
-Psychothérapies comportementales ou cognitives de type déconditionnement et
désensibilisation
-Psychotropes
*Anxiolytiques dans l’anxiété de fond et les formes aiguës, Alprazolam (Xanax),
Clonazépam (Rivotril) sont efficaces dans l’agoraphobie.
*Antidépresseurs dans l’agoraphobie, pour la prévention des crises ou la dépression.
LA NÉVROSE OBSESSIONNELLE
Du latin Obsidere : assiéger, c’est la plus structurée, la plus rare et la plus grave des
névroses. Son diagnostic repose sur la présence :
- d’obsessions
- de compulsions
- et d’une personnalité particulière.
Les obsessions sont décrites par Pinel, puis par Esquirol (1838). Mais c’est Falret qui
introduit le terme d’obsession pour souligner l’emprise dans laquelle le sujet est
plongé. Kraft-Ebing opte pour le mot Zwang, que Freud reprendra dans la
Zwangneurose.
La névrose obsessionnelle est due à des pensées et des représentations qui
surviennent de façon récurrente et incoercible, associées à des actes compulsionnels
et des impulsions.
Les classifications américaines et OMS ne reprennent plus ce terme, mais classent
les TOC (Troubles Obsessionnels Compulsifs) parmi les troubles anxieux.
ETIOPATHOGÉNIE
Plusieurs hypothèses : dysfonctionnement du SNC ? Implication de la sérotonine
(efficacité particulière de certains antidépresseurs).
Pour Janet, c’est la faiblesse du Moi qui entraîne des activités archaïques de la
pensée. Pour Freud, il s’agit d’une régression puis d’une fixation au stade sadiqueanal,
pour lutter contre les pulsions libidinales. Le Moi se protège du Surmoi, cruel et
rigide, par des mécanismes de défense comme l’isolation, l’annulation, les formations
réactionnelles. La pensée et les compulsions de l’obsessionnel visent à le protéger
contre l’angoisse et l’agressivité de ses propres affects.
DIAGNOSTIC
C’est seulement après de longues années d’évolution que l’obsessionnel se décide à
consulter.
Les obsessions
Elles « assiègent » l’esprit par
-leur survenue inopinée, indépendantes de l’extérieur
-l’impossibilité d’exercer un contrôle sur elles
-leur intrusion inappropriée entraînant anxiété et souffrance importantes
-la tendance à l’automatisation de la vie mentale
-leur incoercibilité
-la lutte intérieure intense du sujet pour essayer de les enrayer par des pensées ou des
comportements ritualisés
-la conscience de ces troubles et le fait que le sujet les reconnaît bien comme produits
par son esprit.
1) Les obsessions idéatives
Ou « folie du doute », sont les plus fréquentes : idées obsédantes, mots, chiffres,
objets, personnes ou situations (fermer le robinet, la porte), concepts (la vie, la mort).
Le patient est la proie du scrupule et de la crainte.
2) Les obsessions phobiques
Craintes plus spécifiques mais en dehors de l’objet phobogène : crainte des maladies,
des microbes, de la saleté. Pour lutter contre ces pensées envahissantes, le sujet se
livre à des rituels de vérification (lavages) de plus en plus contraignants.
3) Les obsessions impulsives
Crainte angoissante de commettre irrésistiblement un acte absurde, immoral, auto
ou hétéro-agressif (tenir des propos sacrilèges, se jeter sous un train). Le passage à
l’acte est exceptionnel et, s’il se produit, ne soulage la personne que quelques
instants.
Les compulsions, rites et rituels
La compulsion (du latin compulsio : exigence), est un acte mental (prier, compter) ou
un comportement itératif (vérifier, se laver) auquel le sujet est contraint pour
réduire son anxiété. Il en reconnaît le caractère absurde, gênant et ridicule, mais ne
peut s’en empêcher, bien qu’il ne lui apporte aucun plaisir.
Le rite est un moyen conjuratoire, magique pour lutter contre l’obsession. Son
accomplissement réduit un temps l’angoisse, alors que lui résister, l’augmente.
Ce compromis, entraîne une forme de relation magique au monde. Aux maléfices de
l’univers, l’obsessionnel oppose des procédés « magiques », des rites mystérieux, des
« trucs dérisoires ».
Les compulsions les plus fréquentes sont :
-Les rites de vérification : fermeture des robinets, des serrures
-Les rites de rangement
-Les rites de lavage (mains, poignées de porte)
-L’onomatomanie : recherche obsédante du sens d’un mot, crainte de prononcer un
mot tabou, compulsion de réciter mentalement des mots conjuratoires
-L’arithmomanie : compulsion à opérer des calculs mentaux
-Les rites de toilette et d’habillement (qui peuvent nécessiter la participation
d’autrui).
La personnalité particulière de l’obsessionnel
Marquée par le souci de l’ordre et de la propreté, l’obstination (l’autoritarisme), la
parcimonie (l’avarice), l’ambivalence quant au plaisir et à son interdiction.
Ainsi, aux traits de caractère sadique-anal correspondent les traits du caractère
obsessionnel :
-Difficulté à abandonner les objets → tendance aux cadeaux.
-Obstination, entêtement→ soumission-Collectionnisme
→ prodigalité
-Angoisse de séparation → témérité-Saleté, rejet
→ surpropreté, politesse
-Injures, scatologie → obséquiosité-Cruauté envers les faibles
→ bonté, justice-Lutte contre l’autorité → respect de l’autorité
La psychasthénie se caractérise par le doute, les scrupules, l’indécision, les crises de
conscience, l’introspection. Pour Janet, elle comprend
-Le sentiment d’incomplétude
-Les scrupules
-Les doutes
-Les crises de conscience
-La tendance à la rêverie contemplative
-La spéculation intellectuelle
-Les ruminations mentales
-Les préoccupations introspectives
-Les préoccupations hypocondriaques
-L’inhibition psychique et physique
-La fatigue et l’aboulie
-Le perfectionnisme
-Le moralisme rigide
-L’hypersensibilité aux stress psycho-sociaux
-La tendance aux conduites d’échec
-L’utilisation de stimulants (tabac, café, alcool).
DIAGNOSTIC DIFFÉRENTIEL
Parfois, certains comportements particuliers sont proches de l’obsession : idées
fixes (mais pas de lutte anxieuse), conduites compulsives (mais amenant du plaisir),
réflexions obsédantes (mais ayant un sens pour le sujet).
Dans la névrose phobique, l’anxiété n’est déclenchée qu’en présence de l’objet.
Dans l’hypocondrie non délirante, la crainte de la maladie s’impose au sujet.
Dans les psychoses : il y a délire + automatisme mental + froideur et hermétisme
chez le SCZ.
ÉVOLUTION
La névrose obsessionnelle se cristallise à la puberté. Dans les cas favorables, le sujet
se structure sur un mode bureaucratique et monotone. Parfois, il s’agit plus de
phases d’exacerbation et de rémission.
COMPLICATIONS
Abus de café, tabac, alcool, psychotropes, perte de temps → Invalidité majeure.
PRONOSTIC
Mauvais, car sclérose progressive et pauvreté de l’existence. Attention aux suicides.
TRAITEMENT
Souvent difficile et décevant : anxiolytiques pour combattre la tension anxieuse,
parfois neuroleptiques sédatifs dans les formes graves.
Antidépresseurs pour lutter contre les obsessions, compulsions, asthénie et
dépression. Les antidépresseurs sérotoninergiques sont les plus efficaces dans les
TOC., les ISRS (Inhibiteurs Spécifiques de la re-capture de la sérotonine) sont
actifs mais avec délai (5 à 10 semaines).
Psychothérapie : la cure analytique est souvent laborieuse, celles d’inspiration
analytique et de soutien sont plus efficaces, les thérapies comportementales et
cognitives méritent d’être essayées.
Références classiques :
-Bacqué M-F (2008) Les représentations archaïques des cancers traités par les
biotechnologies avancées. Psycho-oncologie, 2, 4 : 225-33.
-Bacqué M-F. (sous la direction de) (2007), Les vérités du cancer. Springer, Paris.
-Bacqué M-F. (2006), Deuils et traumatismes. Annales médico- psychologiques, 164 :
357-63.
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Je donne les dates des premières parution en français.
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